« Je ne peux pas faire de yoga, je ne suis pas souple. »

Cette phrase, les professeurs de yoga l’entendent régulièrement.

Il suffit d’ailleurs de regarder certaines images associées au yoga pour comprendre d’où vient cette représentation : jambes derrière la tête, grands écarts, flexions avant impressionnantes, équilibres spectaculaires…

Le yoga peut alors donner l’impression d’être une pratique réservée aux personnes possédant déjà certaines capacités physiques.

Pourtant, la souplesse n’est pas un prérequis pour pratiquer le yoga. Et elle n’en constitue pas davantage la finalité.

On ne commence pas le yoga parce que l’on est souple.

On commence le yoga avec le corps que l’on a aujourd’hui.

Il n’existe pas un corps qu’il faudrait avoir pour pratiquer le yoga

Nous n’arrivons pas tous sur un tapis avec le même corps.

Notre âge, notre histoire corporelle, nos activités professionnelles, nos pratiques sportives, nos habitudes de vie ou encore d’éventuelles blessures influencent notre manière de bouger.

Mais les différences ne viennent pas uniquement de notre histoire.

Notre anatomie elle-même présente des variations individuelles. La forme des structures osseuses, l’orientation de certaines articulations ou les proportions corporelles peuvent influencer les amplitudes accessibles.

Deux personnes réalisant la même posture peuvent donc produire des formes sensiblement différentes.

Cela ne signifie pas nécessairement que l’une réalise correctement la posture et que l’autre la réalise mal.

Cela signifie simplement que deux corps différents rencontrent une même proposition de manière différente.

Vouloir faire entrer tous les pratiquants dans une représentation unique de la posture peut alors conduire à confondre yoga et reproduction d’une forme corporelle.

Souplesse, mobilité et amplitude : de quoi parle-t-on ?

Dans le langage courant, nous utilisons facilement le mot « souplesse » pour parler de la capacité à aller loin dans un mouvement.

Mais plusieurs dimensions peuvent intervenir.

La souplesse concerne notamment la capacité de certains tissus à permettre une amplitude de mouvement.

La mobilité articulaire renvoie davantage à la capacité d’une articulation à se déplacer dans une amplitude disponible, avec une dimension de contrôle du mouvement.

L’amplitude observée dans une posture dépend quant à elle de nombreux facteurs : caractéristiques anatomiques, mobilité, souplesse des tissus, contrôle musculaire, habitudes corporelles, mais aussi parfois de l’état du pratiquant au moment de la séance.

Ces notions ne sont donc pas parfaitement interchangeables.

Pour le pratiquant, la conséquence est surtout très concrète :

ne pas pouvoir aller aussi loin que son voisin dans une posture ne signifie pas nécessairement manquer de souplesse.

Et cela ne signifie certainement pas être « mauvais en yoga ».

Le yoga n’est pas une compétition d’amplitude

Dans une flexion avant, une personne pose facilement les mains au sol.

Une autre atteint ses tibias.

Une troisième utilise des briques.

Quelle est la meilleure posture ?

Cette question a finalement peu de sens si l’on ne sait pas ce que chacune de ces personnes expérimente.

Une grande amplitude peut être impressionnante visuellement sans que la personne soit particulièrement attentive à sa respiration, à ses sensations ou à la manière dont elle organise son mouvement.

À l’inverse, une personne dont l’amplitude est beaucoup plus réduite peut vivre la posture avec beaucoup de présence et de finesse.

L’amplitude d’une posture ne mesure pas la qualité d’une pratique de yoga.

Cette idée est importante, notamment dans un environnement où les images de postures spectaculaires peuvent parfois devenir une référence implicite.

Le yoga n’est pas un concours de formes.

Devenir plus souple n’est pas nécessairement l’objectif

Une pratique régulière du yoga peut évidemment faire évoluer certaines amplitudes.

Le corps bouge. Les tissus s’adaptent. La mobilité peut évoluer.

Mais faire de l’augmentation de la souplesse l’objectif principal du yoga serait particulièrement réducteur.

Et chercher systématiquement à aller plus loin n’est pas toujours souhaitable.

Certaines personnes disposent déjà de grandes amplitudes articulaires. Pour elles, l’enjeu de la pratique peut parfois être moins de gagner encore en amplitude que de développer davantage de stabilité, de contrôle et de perception.

Pour d’autres, l’évolution pourra effectivement passer par davantage de mobilité.

Pour d’autres encore, elle pourra simplement consister à retrouver un mouvement confortable.

La question n’est donc pas :

« Jusqu’où puis-je aller ? »

Mais plutôt :

« Comment puis-je pratiquer cette proposition de manière pertinente pour mon corps aujourd’hui ? »

Force et stabilité ont aussi leur place dans le yoga

Associer le yoga uniquement à la souplesse fait oublier une partie importante du travail corporel.

De nombreuses postures demandent de la stabilité, de la coordination et de l’engagement musculaire.

Tenir une posture debout, organiser ses appuis, stabiliser le bassin ou la ceinture scapulaire, maintenir une position tout en respirant : tout cela mobilise également le corps.

Souplesse et force ne doivent donc pas nécessairement être opposées.

Une pratique équilibrée peut au contraire permettre d’explorer leur relation.

La mobilité devient particulièrement intéressante lorsqu’elle s’accompagne de la capacité à contrôler le mouvement et à rester à l’écoute de ses sensations.

La recherche permanente d’une amplitude maximale n’est donc pas le projet.

Une posture est une proposition, pas une forme à reproduire

C’est ici que le rôle de l’enseignant devient essentiel.

Une posture peut être proposée de différentes manières.

Son amplitude peut être réduite.

Un appui peut être modifié.

Une position peut être réalisée assise plutôt que debout.

Une posture peut être soutenue.

Elle peut parfois être remplacée par une autre proposition poursuivant une intention similaire.

L’objectif n’est pas de conduire progressivement tous les pratiquants vers une forme unique considérée comme « complète ».

Le professeur de yoga ne cherche pas à faire entrer le pratiquant dans la posture. Il adapte la proposition pour que la posture puisse rencontrer le pratiquant.

Cette capacité d’adaptation demande à l’enseignant d’observer.

Elle demande également d’écouter ce que le pratiquant lui dit de son expérience.

Une posture ne se regarde pas uniquement de l’extérieur.

Le ressenti de la personne qui la pratique est une information essentielle.

Les briques et les sangles ne sont pas là parce qu’on « n’y arrive pas »

L’utilisation de supports est parfois vécue comme un signe de difficulté.

« Je prends une brique parce que je ne suis pas assez souple. »

Cette manière de voir les choses entretient l’idée qu’il existerait une posture idéale et que le matériel servirait simplement à patienter jusqu’au jour où l’on pourrait enfin s’en passer.

Une brique, une sangle ou une couverture sont pourtant avant tout des outils permettant de modifier les conditions de la posture.

Une brique peut rapprocher le sol.

Une sangle peut permettre d’établir un lien entre différentes parties du corps sans imposer une amplitude excessive.

Une couverture peut modifier un appui ou améliorer le confort d’une position.

Le support ne rend donc pas nécessairement la posture « plus facile ».

Il peut la rendre plus pertinente pour la personne qui la pratique.

Et un pratiquant expérimenté peut parfaitement continuer à utiliser du matériel.

Apprendre à écouter plutôt qu’à se comparer

La comparaison apparaît facilement dans un cours collectif.

La personne installée sur le tapis voisin descend plus bas.

Ses jambes semblent plus tendues.

Ses bras vont plus loin.

Elle tient une posture que nous ne pouvons pas réaliser.

Mais comparer deux formes corporelles sans connaître les caractéristiques anatomiques, l’expérience et les sensations des deux personnes apporte finalement peu d’informations.

Le regard peut progressivement se déplacer.

Non plus :

« Est-ce que je vais aussi loin que les autres ? »

mais :

« Qu’est-ce que je ressens ? »

« Est-ce que je peux respirer confortablement ? »

« Est-ce que je peux diminuer un effort inutile ? »

« Est-ce que cette amplitude est pertinente pour moi ? »

« Ai-je besoin de modifier quelque chose ? »

Ce déplacement de l’attention constitue déjà une transformation importante de la pratique.

Ne pas rechercher la performance ne signifie pas ne jamais progresser

Refuser de faire de la souplesse une performance ne signifie pas que la pratique ne puisse pas évoluer.

Mais la progression en yoga peut prendre des formes très différentes.

Elle peut être corporelle : davantage de mobilité, de force, d’équilibre ou de coordination.

Elle peut concerner la respiration.

Elle peut apparaître dans une meilleure perception des sensations.

Elle peut consister à identifier plus rapidement une limite.

À accepter d’utiliser un support.

À sortir d’une posture.

À ne pas réaliser une proposition qui ne semble pas adaptée ce jour-là.

Ou encore à pratiquer une posture connue depuis des années avec davantage d’attention et moins d’effort inutile.

Progresser en yoga ne signifie donc pas nécessairement aller plus loin. Cela peut aussi signifier pratiquer avec davantage de discernement.

Et si la souplesse n’était tout simplement pas la question centrale ?

Revenons à ce que nous évoquions déjà dans notre article consacré au choix d’une pratique de yoga.

Dans les Yoga Sūtra, Patañjali définit le yoga par la formule :

yogaś citta-vṛtti-nirodhaḥ

que l’on peut notamment comprendre comme l’apaisement des fluctuations du mental.

Cette définition remet la question de la souplesse à sa juste place.

Les postures constituent une dimension importante de nombreuses pratiques contemporaines du yoga. Elles permettent d’explorer le corps, le souffle, l’attention, l’effort, la stabilité ou encore nos réactions face aux sensations.

Mais réussir à poser les mains au sol n’est pas la finalité du yoga.

Une personne extrêmement souple n’est donc pas nécessairement « plus avancée » dans sa pratique qu’une personne disposant de peu d’amplitude.

Le corps est un terrain d’expérience.

Il n’est pas un examen à réussir.

« Je suis raide » peut même être une bonne raison de commencer

Une personne qui se considère comme « raide » peut parfois penser qu’elle devrait d’abord s’assouplir avant de venir à un cours.

C’est un peu comme penser qu’il faudrait déjà savoir nager avant de prendre des cours de natation.

Il n’y a rien à préparer pour avoir le droit de commencer.

Le professeur est justement là pour proposer une pratique et l’adapter aux personnes présentes.

Et cette première expérience peut permettre de découvrir quelque chose d’assez différent de ce que l’on imaginait.

Peut-être que certaines postures seront accessibles.

D’autres moins.

Certaines seront agréables.

D’autres demanderont des adaptations.

Et tout cela fait partie de la pratique.

Si vous hésitez encore entre les différentes approches, vous pouvez également découvrir les pratiques de yoga proposées par Purnata Yoga.

Commencer le yoga à La Crau quand on n’est pas souple

Chez Purnata Yoga, nos cours de yoga à La Crau accueillent des personnes avec des expériences et des possibilités corporelles différentes.

Selon les pratiques, le rythme et la tonicité varient : Hatha Yoga, Vinyasa Yoga, Yoga Flow, Hatha Flow, Yin Yoga, Fascia Flow ou Yoga Nidra proposent différentes manières d’entrer dans l’expérience du yoga.

Il n’est donc pas nécessaire de déterminer à l’avance si son corps est « fait pour le yoga ».

Le choix d’un cours peut davantage dépendre du rythme recherché, de la tonicité souhaitée, de son expérience et de ce que l’on souhaite explorer.

Et lorsque cela est nécessaire, la pratique peut être adaptée.

Le meilleur moyen de découvrir ce que cela signifie reste finalement d’en faire l’expérience.

Chez Purnata Yoga, un premier cours est offert lors de la première inscription.

Voir le planning des cours et les tarifs de Purnata Yoga.

Alors, faut-il être souple pour faire du yoga ?

Non.

La souplesse peut évoluer avec certaines pratiques, mais elle n’est ni un ticket d’entrée ni une mesure de la qualité d’un pratiquant.

Il n’est pas nécessaire de toucher ses pieds.

Il n’est pas nécessaire de réaliser un grand écart.

Il n’est pas nécessaire que sa posture ressemble à celle de la personne installée sur le tapis voisin.

Il faut simplement pouvoir commencer là où l’on est.

Puis apprendre progressivement à observer, respirer, ressentir et écouter.

On ne commence pas le yoga parce qu’on est souple.

On commence le yoga avec le corps que l’on a aujourd’hui.